« Élève perturbateur », « élève au comportement hautement perturbateur » ou « ECHP », élèves au « comportement éruptif », « élève qui nous questionne par son comportement »… De qui parle-t-on exactement ?
Pour les personnels, la réalité est souvent plus simple que les sigles : un élève dont les crises, l'opposition, les violences ou les comportements répétés finissent par désorganiser la classe, empêcher les apprentissages et parfois mettre élèves et adultes en difficulté.
Les élèves qui posent de gros problèmes de comportement ne sont pas un fait nouveau dans l’Education nationale. Ce qui a changé, ce sont les mots employés pour les désigner. Et derrière ces changements de vocabulaire, se cache une évolution de la manière dont l'Éducation nationale regarde ces situations et l’impact grandissant qu’elles ont sur les personnels.
1. ECHP : UNE DÉNOMINATION QUI EVOLUE
En 2014, le règlement type des écoles ne parle pas encore d'« élève hautement perturbateur ». Il évite même de qualifier directement l'enfant. La circulaire du 9 juillet 2014 distingue ainsi « un comportement momentanément difficile » d'une situation dans laquelle « le comportement d'un élève perturbe gravement et de façon durable le fonctionnement de la classe ». La nuance est intéressante : ce n'est pas l'enfant qui est défini comme perturbateur, mais son comportement et ses conséquences sur la classe. Lorsque la situation devient grave et durable, le texte prévoit l'intervention de l'équipe éducative, du psychologue scolaire et du médecin de l'Éducation nationale.
→ Consulter la circulaire n° 2014-088 du 9 juillet 2014
Dans le second degré, la même année, la circulaire du 27 mai 2014 aborde les « comportements perturbateurs », cette fois dans un cadre davantage centré sur les réponses éducatives et disciplinaires.
→ Consulter la circulaire n° 2014-059 du 27 mai 2014
Entre-temps, une autre expression s'est installée dans le vocabulaire de l'École : les élèves à besoins éducatifs particuliers (EBEP). L'idée est différente : on ne part plus seulement de la difficulté de l'élève, mais de ce dont il a besoin pour apprendre et être scolarisé. Et contrairement à une confusion fréquente, EBEP ne signifie pas « élève en situation de handicap ». Le ministère précise que les besoins éducatifs particuliers concernent des élèves « qu'ils soient ou non en situation de handicap ». Un EBEP n'est donc pas forcément un élève perturbateur, pas plus qu'un élève perturbateur n'est nécessairement en situation de handicap.
→ Ministère de l'Éducation nationale – La scolarisation des élèves à besoins éducatifs particuliers
Le véritable tournant arrive en 2019. En juillet, une circulaire du ministère chargé de la Santé emploie explicitement l'expression « élèves hautement perturbateurs scolarisés en milieu ordinaire ». Elle prévoit, pour les 3-16 ans, la possibilité de faire intervenir une équipe associant professionnels de l'éducation, de la santé et du médico-social lors de situations de crise liées au « comportement très perturbateur d'un élève ».
→ Consulter la circulaire de la DGS du 31 juillet 2019 sur Légifrance
→ Assemblée nationale – La réponse ministérielle sur les « enfants irruptifs à l'école »
Quelques semaines plus tard, l'expression entre clairement dans le vocabulaire de l'Éducation nationale. La circulaire du 3 septembre 2019 comporte une partie intitulée : « Prendre en charge les élèves hautement perturbateurs et poly-exclus ».
→ Consulter la circulaire n° 2019-122 du 3 septembre 2019
L'« élève hautement perturbateur » a désormais une existence institutionnelle. Mais attention : EHP n'est ni un diagnostic médical ni une catégorie juridique d'élèves. Le terme sert avant tout à identifier des situations particulièrement difficiles.
L'histoire ne s'arrête pas en 2019. Selon les territoires et les documents, on rencontre ensuite « élève hautement perturbateur » (EHP), « élève au comportement hautement perturbateur » (ECHP), « comportement hautement perturbateur », « difficultés à expression comportementale » ou encore « comportement éruptif ».
Dans le Gard, la DSDEN choisit en 2023 une formulation encore différente pour son guide destiné aux équipes : « Ces élèves qui nous questionnent par leur comportement : comment mieux les accompagner ? »
→ Consulter le mémento de la DSDEN du Gard de mars 2023
2) DERRIERE LES MOTS, UNE VRAIE EVOLUTION DE LA PERCEPTION DES ECHP
Le changement des mots depuis une quinzaine d'années montre pourtant que l'institution elle-même cherche à mieux identifier ces situations et à construire des réponses.
Derrière cette succession de termes, il y a une volonté compréhensible : éviter d'enfermer un enfant dans une étiquette. Dire « élève au comportement hautement perturbateur » n'est pas tout à fait la même chose que dire « élève hautement perturbateur ». Dans le premier cas, on qualifie un comportement ; dans le second, on risque de donner l'impression de définir l'enfant.
Ce changement de vocabulaire raconte finalement une histoire.
On est progressivement passé de l'élève et de ses difficultés (« élève perturbateur », « troubles du comportement »), à ses besoins (EBEP), puis à l'intensité et aux conséquences de ses comportements (EHP, ECHP). Les expressions les plus récentes cherchent encore davantage à distinguer l'enfant de ce qu'il manifeste.
Toutefois, ce déplacement révèle aussi une autre évolution. La question n'est plus seulement : « Qu'est-ce qui ne va pas chez cet élève ? » Elle devient : « Que se passe-t-il lorsqu'un comportement devient tellement intense, fréquent ou durable qu'une classe ne peut plus fonctionner normalement ? »
C'est là que le sujet dépasse l'élève. Lorsque des comportements empêchent régulièrement d'enseigner ou d'apprendre, épuisent une équipe ou mettent des personnes en difficulté, ils deviennent aussi une question de fonctionnement de l'École et de conditions de travail.
Le nombre important de fiches RSST consacrées aux problèmes de comportements de ce type d’élèves, dans la toute la France en fait un risque professionnel générateur de RPS (stress chronique, épuisement professionnel …) à part entière.
Dans ses orientations de prévention des risques professionnels 2025-2026, le ministère cite désormais le travail au contact d'un « public au comportement hautement perturbateur » parmi les situations nécessitant une attention renforcée.
→ Consulter les orientations stratégiques ministérielles de prévention 2025-2026
3. ECHP ET HANDICAP : NE PAS FAIRE DE RACCOURCI !
Attention, il ne faut pas confondre ECHP et élèves en situation de handicap, ces deux termes ne sont pas synonymes. Le propos n’est pas de stigmatiser les élèves en situation d’inclusion.
Un élève qui manifeste des comportements hautement perturbateurs peut être en situation de handicap, mais il peut aussi ne pas l'être. Inversement, un élève en situation de handicap n'est évidemment pas, du fait de son handicap, un élève perturbateur.
Le dispositif de 2019 distingue d'ailleurs les deux questions : l'intervention autour d'un élève hautement perturbateur peut être organisée indépendamment de l'existence d'un PPS. Une éventuelle reconnaissance de handicap relève d'une autre démarche.
→ Assemblée nationale – Réponse ministérielle détaillant le dispositif de 2019
Surtout, nous ne disposons pas de statistiques nationales permettant de savoir quelle proportion des ECHP est constituée d'élèves en situation de handicap. Faire des ECHP une conséquence de l'école inclusive serait donc un raccourci sans fondement et stigmatisant pour les élèves en situation de handicap.
4. Le SE-Unsa 30 va plus loin …
Alors, comment faut-il les appeler ? Sans doute n'existe-t-il pas de terme parfait. Mais cette hésitation ne doit pas faire disparaître ce que vivent les personnels derrière les mots.
Quels comportements rencontrent les enseignants, AESH, CPE ou AED ? À quelle fréquence ? Quelles conséquences ont-ils sur la classe, les apprentissages, la sécurité et les conditions de travail ? Vers qui les personnels se tournent-ils ? Les réponses apportées sont-elles suffisantes ?
C'est précisément l'objectif de la campagne ECHP du SE-Unsa du Gard, objectiver le vécu des enseignants et leur proposer des solutions.